Photographie de M20, la nébuleuse Trifide, réalisée lors d’une observation antérieure sans filtre.

M20, la nébuleuse Trifide : avec et sans filtre dual-band

Après l’éclipse de Soleil en Espagne, j’ai un peu délaissé le télescope. La Lune devenait de plus en plus pleine et le ciel de moins en moins « profond ». J’ai tout de même photographié l’éclipse de Lune avec mon téléphone. J’ai raconté cette observation improvisée dans un article consacré à cette éclipse. Le Vespera, lui, est resté au repos.

Le 3 septembre au soir, j’ai décidé de m’y remettre.

Il me fallait une cible assez facile, adaptée à mon filtre dual band et encore accessible depuis la terrasse. J’ai posé le Vespera 2, lancé Singularity et commencé à chercher. Mon choix s’est porté sur M20, la nébuleuse Trifide.

La Trifide n’a décidément pas beaucoup de chance avec moi. J’avais déjà essayé de la capturer il y a un an, mais la séance avait été trop courte. Cette fois, je voulais faire mieux.

M20, divisée en trois

La nébuleuse Trifide se trouve dans la constellation du Sagittaire, à environ 5 000 années-lumière de nous. Elle porte aussi les noms de Messier 20 et NGC 6514. Sa magnitude apparente est d’environ 6,3 : sous un ciel favorable, elle est accessible avec un petit télescope.

Son nom signifie « divisée en trois ». D’épaisses bandes de poussière sombre traversent son cœur lumineux et donnent l’impression de le découper en plusieurs parties. Ces lignes noires ne sont pas des zones vides : ce sont des nuages de matière placés devant la nébuleuse et assez denses pour masquer la lumière située derrière eux.

M20 rassemble en réalité trois phénomènes. Une partie du gaz, surtout de l’hydrogène ionisé, émet sa propre lumière rouge. Une autre zone, plus bleutée, réfléchit la lumière d’étoiles proches. Enfin, les nuages de poussière absorbent la lumière et dessinent les séparations sombres caractéristiques.

Une cible facile… mais déjà basse

Le Sagittaire est une constellation d’été. Depuis la France métropolitaine, il ne monte jamais très haut et, au début du mois de septembre, il descend déjà rapidement vers le sud-ouest en début de nuit.

Le 3 septembre, j’ai lancé l’observation vers 22 h. J’avais choisi le mode mosaïque pour obtenir un champ plus large autour de la nébuleuse. Le filtre dual band devait aider à faire ressortir la partie en émission, notamment la lumière de l’hydrogène, malgré un ciel qui n’est pas parfaitement noir.

Ce filtre a aussi ses limites sur un objet comme la Trifide. Il est très utile pour les gaz qui émettent à certaines longueurs d’onde, mais la région bleue est une nébuleuse par réflexion : sa lumière possède un spectre plus large. Son rendu peut donc être moins naturel ou moins présent qu’avec une acquisition sans filtre spécialisé.

La mosaïque avançait… doucement

Au fil de l’heure, je regardais la mosaïque se construire, mais elle n’avait pas beaucoup avancé. C’est logique : au lieu de rester sur un seul champ, le télescope doit parcourir plusieurs zones voisines pour les assembler. Et M20, déjà basse, continuait de se rapprocher de l’horizon.

Le temps m’était compté avant qu’elle ne disparaisse derrière les obstacles. Et, soyons honnêtes, parce que j’allais aussi me coucher ! Je n’avais pas activé de programme « Plan My Night » pour laisser le télescope travailler seul plus tard dans la nuit.

Vers 23 h, après environ une heure de session, il fallait arrêter. Encore une tentative courte. La Trifide et moi commencions à répéter la même histoire que l’année précédente.

Cette fois, l’histoire n’est pas terminée

Avant de ranger, j’ai activé le mode multinuit. L’idée est de pouvoir reprendre exactement ce projet lors d’une prochaine soirée, avec le même cadrage, et de continuer à enrichir l’image au lieu de repartir de zéro.

Une deuxième nuit sera donc nécessaire. Au minimum.

Chaque nouvelle séance ajoutera du signal. Les structures faibles devraient progressivement mieux ressortir, le bruit diminuer et les bandes de poussière devenir plus nettes. Je compléterai les informations techniques — temps d’intégration cumulé, nombre d’images conservées et conditions du ciel — lorsque la mosaïque sera réellement terminée.

Carnet de la première nuit

  • Date : 3 septembre 2026
  • Heure : de 22 h à 23 h
  • Instrument : Vespera 2
  • Filtre : dual band
  • Mode : mosaïque CovalENS
  • Multinuit : activé à la fin de la séance
  • Durée de la session : environ 1 heure
  • Nombre de poses empilées : 182
  • Temps d’intégration cumulé : non relevé
  • Conditions du ciel et Lune : ciel dégagé ; Lune éclairée à 56 %

Le Sagittaire et son archer

Dans la tradition gréco-romaine, le Sagittaire représente un archer, souvent figuré avec un corps de centaure. Il est parfois associé à Chiron, centaure savant et guérisseur, même si les récits anciens ne lui donnent pas tous la même identité.

Scientifiquement, regarder vers le Sagittaire revient surtout à regarder vers les régions centrales de la Voie lactée. Voilà pourquoi cette partie du ciel est si riche en étoiles, en amas et en nébuleuses. M20 se trouve d’ailleurs non loin d’une autre cible spectaculaire : la nébuleuse de la Lagune, M8.

Deux observations, avec et sans filtre

Les deux images ci-dessous ont été réalisées lors de séances différentes. Elles permettent de voir comment le rendu peut évoluer, mais elles ne constituent pas un test expérimental strict du filtre : la durée d’acquisition, le cadrage, les conditions du ciel et le traitement ne sont pas identiques. Lors de la séance au filtre dual-band, la mosaïque a été interrompue après seulement 182 poses empilées.

Première observation : sans filtre

Photographie de M20, la nébuleuse Trifide, réalisée lors d’une observation antérieure sans filtre.
M20 photographiée lors d’une observation antérieure sans filtre. Cette acquisition enregistre un spectre plus large, notamment la lumière réfléchie par les poussières.

Nouvelle observation : filtre dual-band

Photographie de M20, la nébuleuse Trifide, réalisée avec le Vespera 2 et un filtre dual-band à partir de 182 poses empilées.
M20 observée le 3 septembre 2026 avec le Vespera 2 et un filtre dual-band. La mosaïque, encore incomplète, ne comprend que 182 poses empilées.

Sans filtre, le capteur reçoit une gamme plus large de longueurs d’onde : les couleurs des étoiles et la composante bleue par réflexion peuvent être mieux préservées. Le filtre dual-band isole surtout les émissions de l’hydrogène et de l’oxygène ionisé, ce qui renforce le contraste des régions émissives et atténue une partie de la lumière parasite. En revanche, il transmet moins bien la lumière bleue réfléchie par les poussières.

Ici, la nouvelle image au dual-band ne doit donc pas être jugée comme un résultat définitif. Ses 182 poses sont insuffisantes pour achever la mosaïque et faire ressortir les structures les plus faibles. La comparaison montre à la fois l’effet du filtre et celui d’un temps d’acquisition plus court.

Une astrophotographie ne montre pas exactement ce que l’œil verrait à l’oculaire. Le capteur accumule la lumière pendant de nombreuses poses, puis l’empilement et le traitement rendent visibles des couleurs et des structures trop faibles pour notre vision nocturne. Dans le cas de M20, le rouge révèle surtout l’hydrogène ionisé, le bleu la lumière réfléchie par les poussières, et les lignes noires les nuages qui bloquent la lumière.

À retenir

La nébuleuse Trifide combine dans un même paysage du gaz qui émet, de la poussière qui réfléchit et des nuages sombres qui absorbent la lumière.

La question des Curieux

La Trifide acceptera-t-elle enfin de se laisser photographier jusqu’au bout ?

Sources

Images : Les Curieux du Réel — deux observations de M20, sans filtre puis avec filtre dual-band.


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