Thomas Pesquet tient un saxophone dans la Coupole de la Station spatiale internationale, avec la Terre visible à travers les hublots.

Thomas Pesquet : photographier la Terre, jouer du saxophone et faire avancer la science

Et si le prochain grand voyage de Thomas Pesquet le conduisait, un jour, vers la Lune ? En juin 2026, un troisième vol spatial a été annoncé pour 2027 : l’astronaute français doit commander une mission commerciale vers la Station spatiale internationale. Mais son ambition va plus loin. Il espère prendre part au programme Artemis et, peut-être, rejoindre un jour une mission lunaire. Rien n’est encore décidé pour la Lune : l’espoir ne doit pas être confondu avec une sélection officielle.

En attendant, son histoire est déjà riche : deux longs séjours en orbite, des photographies saisissantes de la Terre, un saxophone à bord de l’ISS et des expériences scientifiques jusque dans nos classes. Comment un ingénieur devenu pilote puis astronaute a-t-il réussi à partager si largement le travail des chercheurs ?

Avant l’espace, les avions et les satellites

Né à Rouen en 1978, Thomas Pesquet étudie l’ingénierie aéronautique et spatiale à l’ISAE-Supaero. Il travaille sur les satellites, notamment au CNES, puis devient pilote de ligne chez Air France. En 2009, il est sélectionné par l’Agence spatiale européenne (ESA). Il ne part pas immédiatement : apprendre à vivre et à travailler dans une station orbitale exige des années d’entraînement, de coopération et de préparation aux imprévus.

Son parcours rappelle qu’un astronaute n’est pas seulement quelqu’un qui « va dans l’espace ». Il faut savoir observer, comprendre des systèmes complexes, communiquer avec les équipes au sol et exécuter des protocoles avec précision.

Proxima et Alpha : deux séjours, deux époques

Le 17 novembre 2016, il décolle à bord d’un Soyouz pour la mission Proxima. Il passe 197 jours dans la Station spatiale internationale (ISS), mène plus de 50 expériences et effectue deux sorties extravéhiculaires. En avril 2021, il repart pour Alpha, cette fois à bord d’un Crew Dragon. Il participe à de nombreuses recherches, réalise quatre nouvelles sorties et devient le premier Français à commander l’ISS. Au total, ses deux missions représentent près de 396 jours dans l’espace.

Ces séjours ne sont pas des voyages touristiques. La station est un laboratoire où les astronautes travaillent avec des équipes scientifiques réparties sur Terre. Certaines expériences étudient les muscles, les fluides ou les effets des rayonnements ; d’autres testent des technologies utiles à de futurs voyages lointains.

Les photographies : ouvrir de nouvelles fenêtres sur la Terre

Thomas Pesquet a rendu familière une perspective qui ne l’est pas : celle de notre planète vue depuis l’orbite. Depuis les hublots de l’ISS, notamment ceux de la Coupole, il photographie les villes nocturnes, les déserts, les fleuves, les nuages ou les reliefs. Le CNES indique qu’il a pris environ 245 000 photographies de la Terre pendant sa deuxième mission.

Ces images sont spectaculaires, mais elles invitent aussi à lire des paysages : reconnaître un delta, observer des panaches de sédiments, suivre la forme d’une chaîne de montagnes. Elles montrent notre planète autrement, sans remplacer les données scientifiques nécessaires pour comprendre son évolution. Une photographie saisissante n’est pas, à elle seule, une démonstration.

Et parfois, le saxophone

Une photographie de l’ESA le montre jouant du saxophone dans la Coupole de l’ISS, le 31 mai 2017. Ce détail me plaît : il rappelle qu’une mission de longue durée n’efface pas la personne derrière la combinaison. Entre les expériences, la maintenance et les exercices physiques, les astronautes ont aussi besoin de moments qui les relient à leur vie terrestre. La musique fait partie de cette humanité-là.

Voir la photographie officielle du saxophone (ESA/NASA).

Faire la même expérience dans l’espace et sur Terre

En sciences, la comparaison est essentielle. La micropesanteur offre la possibilité d’observer des phénomènes dans des conditions différentes de celles du laboratoire terrestre. Pour attribuer correctement un effet à la gravité, il faut cependant comparer des protocoles aussi proches que possible, identifier les variables qui changent et reconnaître les limites de l’expérience.

Cette démarche devient particulièrement concrète quand les élèves reproduisent, en classe, une expérience menée à bord de l’ISS. L’objectif n’est pas de « faire comme un astronaute » pour le seul plaisir : c’est de poser une question, obtenir des résultats, les confronter et discuter leur interprétation.

Le blob : une expérience spatiale jusque dans les classes

Le « blob », Physarum polycephalum, n’est ni une plante ni un champignon : c’est un organisme eucaryote appartenant aux myxomycètes, remarquable par sa capacité à explorer son environnement et à former des réseaux. Il n’a pas de cerveau, mais son comportement suscite de passionnantes questions biologiques.

En septembre 2021, pendant Alpha, Thomas Pesquet réhydrate quatre blobs transportés dans l’ISS sous forme de sclérotes. Placés dans un dispositif fermé, ils sont filmés pour suivre leur développement et leurs déplacements en micropesanteur. Sur Terre, des milliers d’établissements participent à #ÉlèveTonBlob, une expérience éducative conçue avec le CNES, le CNRS et des partenaires de l’Éducation nationale. Les classes suivent un protocole comparable et peuvent confronter leurs observations à celles de l’espace.

Le plus intéressant est peut-être ce qui ne s’est pas déroulé comme prévu : une partie des fichiers vidéo de l’ISS était corrompue. Les équipes ont dû organiser un nouvel enregistrement. Voilà aussi la science : des problèmes techniques, des données manquantes, des ajustements et une grande prudence avant de conclure. Une expérience ne devient pas moins scientifique parce qu’elle rencontre des difficultés ; tout dépend de la façon dont elles sont documentées et prises en compte.

Pour une classe de SVT, ce projet illustre à merveille les notions de protocole, témoin, variable expérimentale, résultats et interprétation. On peut s’émerveiller devant le blob et, dans le même temps, apprendre à ne pas conclure trop vite.

Un astronaute qui transmet

La particularité de Thomas Pesquet tient aussi à cette présence auprès du public. Les photos, les vidéos et les échanges avec les élèves ne remplacent pas la recherche : ils la rendent visible. Derrière chaque expérience se trouvent des techniciens, des ingénieurs, des chercheurs, des enseignants et parfois des classes entières.

Après Claudie Haigneré, qui a ouvert une voie, et aux côtés de Sophie Adenot, Thomas Pesquet raconte une autre manière de faire vivre l’exploration spatiale : partager ce que l’on voit, expliquer ce que l’on cherche et donner envie de poser de meilleures questions.

Sources et pour aller plus loin

Mise à jour : en juin 2026, l’ISAE-Supaero a annoncé la mission prévue pour 2027. Le CNES rappelle que Thomas Pesquet est candidat à de futures missions lunaires, sans sélection annoncée à ce jour.


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