Le 13 février 2026, Sophie Adenot s’est envolée vers la Station spatiale internationale pour sa première mission, εpsilon. Près de huit mois plus tard, après plus de 200 jours consécutifs à bord de l’ISS, près de 200 expériences scientifiques et technologiques et trois sorties extravéhiculaires, elle a quitté la Station le 7 octobre. Son amerrissage au large de la Californie est prévu le 8 octobre. Deuxième Française dans l’espace après Claudie Haigneré, elle est aussi devenue la première Française à effectuer une sortie dans l’espace.
Un rêve qui ne naît pas de nulle part
En août 1996, Sophie Adenot a 14 ans lorsqu’elle voit Claudie Haigneré partir pour la station Mir. Trente ans plus tard, depuis l’ISS, elle racontera la pensée qui lui est venue en la voyant en combinaison : « Si elle peut le faire, pourquoi pas moi ? » Ce rêve ne s’est évidemment pas transformé en plan de carrière tout tracé. Entre les deux, il y a des études, des choix, des années de formation, des missions exigeantes, des sélections et beaucoup de travail.
Ce passage de son histoire me touche particulièrement. Enfant, j’ai moi aussi rêvé d’espace et d’un métier qui m’y conduirait. On m’a assez vite fait comprendre que c’était utopiste — comme pour quelques autres métiers qui me faisaient rêver, d’ailleurs. La vie m’a menée ailleurs. Mais peut-être que mon intérêt toujours intact pour l’espace vient aussi de là. Voir Claudie Haigneré, Thomas Pesquet puis Sophie Adenot aller au bout de parcours aussi exigeants garde forcément pour moi une saveur particulière. Et cela rappelle quelque chose d’important à transmettre aux jeunes : un rêve ne garantit rien, mais il ne mérite pas d’être écarté simplement parce qu’il paraît trop grand.
Ingénieure, pilote d’hélicoptère, pilote d’essai…
Le parcours de Sophie Adenot est impressionnant, mais il est surtout très construit. Elle étudie à l’ISAE-SUPAERO à Toulouse et se spécialise en mécanique de vol aérospatiale. Elle poursuit au MIT, aux États-Unis, avec un master consacré aux facteurs humains dans l’aéronautique et le spatial. Son travail porte déjà sur un problème directement lié aux vols habités : l’adaptation du système vestibulaire à la gravité artificielle.
Elle travaille ensuite chez Airbus Helicopters à la conception de cockpits, puis rejoint l’Armée de l’air en 2005. Elle devient pilote d’hélicoptère et participe notamment à des missions de recherche et de sauvetage. Elle pilote ensuite pour le transport des autorités gouvernementales, avant de devenir pilote d’essai. En 2018, elle est diplômée de l’Empire Test Pilots’ School au Royaume-Uni. Au moment de sa sélection comme astronaute, elle totalise plus de 3 000 heures de vol sur plus de 22 types d’hélicoptères.
De plus de 22 500 candidatures à l’ESA
En 2021, l’Agence spatiale européenne lance une nouvelle campagne de recrutement. Plus de 22 500 candidatures valides sont déposées à travers l’Europe. Tests cognitifs et techniques, évaluations psychométriques, exercices individuels et collectifs, examens médicaux et entretiens : le processus dure de longs mois.
En novembre 2022, Sophie Adenot fait partie des cinq astronautes de carrière retenus dans la nouvelle promotion de l’ESA. Elle commence sa formation de base au Centre européen des astronautes de Cologne en avril 2023 : systèmes spatiaux, robotique, survie, médecine, ingénierie de vol et préparation aux sorties extravéhiculaires. Elle reçoit sa certification d’astronaute en avril 2024. Un mois plus tard, elle est affectée à une mission de longue durée à bord de l’ISS.
εpsilon : vivre dans l’espace, mais surtout y travailler
Sophie Adenot décolle le 13 février 2026 à bord du Crew Dragon Freedom avec les trois autres membres de Crew-12. À bord de l’ISS, elle participe à un vaste programme scientifique couvrant la physiologie humaine, la santé, la biologie, les matériaux, les fluides, les rayonnements et la préparation des futures explorations de la Lune et de Mars.
Parmi les expériences françaises, EchoFinder teste la réalisation autonome d’échographies grâce à la réalité augmentée et à l’intelligence artificielle. MultISS s’intéresse aux contaminations biologiques des surfaces. Lumina mesure les rayonnements ionisants grâce à une fibre optique. Et ChlorISS, menée également dans des milliers de classes, compare la germination et la croissance de plantes en micropesanteur et sur Terre. Ce sont des expériences très différentes, mais elles illustrent bien l’un des intérêts de l’ISS : utiliser la micropesanteur comme un laboratoire impossible à reproduire durablement au sol.
Trois sorties dans le vide spatial
La mission prend aussi une dimension historique pour la France. Sophie Adenot devient la première Française à effectuer une sortie extravéhiculaire. Elle en réalise finalement trois en moins de quinze jours, pour un total de 19 h 42 à l’extérieur de la Station. Avec ses coéquipiers, elle remplace du matériel, installe une nouvelle antenne de communication, réalise des opérations de maintenance et prépare de futures expériences.
Derrière les images spectaculaires, une sortie extravéhiculaire est surtout une opération technique extrêmement préparée. Dans une combinaison pressurisée, avec des gestes ralentis, des outils attachés et aucune possibilité d’improviser comme au sol, chaque intervention repose sur des heures d’entraînement et sur toute une équipe restée à Terre.
Ce que son parcours raconte aussi
Il serait facile de raconter l’histoire de Sophie Adenot comme celle d’une enfant qui a rêvé très fort et dont le rêve s’est réalisé. Ce serait joli… mais un peu trompeur.
Son parcours raconte plutôt autre chose : une inspiration peut donner une direction, mais elle est ensuite faite de compétences acquises, de travail, de patience, d’occasions saisies, de changements de trajectoire et d’une sélection extrêmement exigeante. Sophie Adenot elle-même insiste sur l’importance de profiter du chemin, pas seulement de viser l’objectif final.
Et c’est peut-être le message que je préfère retenir. Nous ne pouvons pas promettre à un enfant qu’il deviendra astronaute parce qu’il en rêve. En revanche, nous pouvons éviter de décider trop tôt à sa place que son rêve est impossible. L’aider à comprendre ce qu’il demande, à chercher les parcours possibles, à développer ses compétences, à vérifier ses informations et à réajuster son projet : c’est déjà beaucoup.
Une histoire française qui se poursuit
Le parcours de Sophie Adenot dialogue naturellement avec ceux de Claudie Haigneré, première Française dans l’espace et source directe de son inspiration, et de Thomas Pesquet, dont certaines expériences menées lors de la mission Alpha ont continué à fonctionner à bord de l’ISS pendant εpsilon. Deux portraits viendront compléter cet article pour raconter, à travers trois trajectoires très différentes, plusieurs décennies de vols habités français.


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